WWW.THEURGIE.COM

FOI ET ESPRIT CHRISTIQUE

Ce chapitre est complémentaire à celui que vous venez de lire : car le mal et
la Foi sont indissociables pour l'homme qui s'aventure sur le Chemin...


La Loi d'Evolution est non seulement Loi de Connaissance mais, surtout, Loi de Foi... AUCUN HOMME , quelque soit sa race, sa localisation géographique, sa culture ou le Temps où il vécu, n'a évolué, n'évolue ou n'évoluera, sans la Connaissance et l'Amour engendrant la Foi... Que celle-ci soit personnalisée ou non, un jour ou l'autre, pour grandir davantage, la Connaissance engendrera la compréhension de la Loi Ultime : qui est une Loi d'Amour, de Partage, de Foi et...de Rédemption pour tous ceux qui peinent, luttent, s'interrogent, succombent...

Contrairement à ce que l'on imagine, la Foi n'est pas fille de quelque religion que ce soit! La Foi est fille de la Connaissance et de l'Amour ! La Foi c'est savoir que la Loi est l'Amour et l'appliquer... Donc, non pas détruire des vies pour espérer un paradis supposé (furieuse hérésie) mais, au contraire, donner sa vie (pas nécessairement d'un point de vue mortel) pour ses frères... Mais cela ne se peut, et nul ne pourrait comprendre POURQUOI , sans la Connaissance...
Cette compréhension est progressive : et avant cela il importe que notre être soit épuré. Le silence Divin, qui rend notre lutte si âpre, tend à ce but...

La phase initiale de la Communion, celle qui résulte de la connaissance de l'Amour, celle qui nous fait entrer dans la vie de foi ; cette phase donc est assez aisée. Le « oui » témoigné n'en est qu'à sa phase mineure. Mais à mesure du cheminement, et c'est là une vérité expérimentale assez douloureuse, il reste que bien souvent Dieu joue à l'absent, et le doute tiraille jusqu'à ses enfants les plus proches. . . Quelle signification en retirer ? S'est-on trompé ? A-t-on confondu élans psychologiques à tendances religieuses et sentiment concret d'amour réciproque ? En réalité, mais c'est souvent difficile à remarquer, il s'agit bien plutôt de la part de Dieu d'un respect total pour notre liberté! Car n'est-ce pas ainsi, par le biai de cette absence, que la liberté peut devenir authentique, autonome dans la fidélité? L'abscondité divine :(du latin absconditus , caché) est donc aussi nécessaire que douloureuse...

En effet, si l'histoire reste livrée à elle-même, s'il y a absence supposée de tous nos supports fidéistes, ce n'est ni parce que l'Energie primordiale et Ses Expressions n'existent pas (interprétation athée), ni parce qu'Elle manque de puissance face au monde (malcroyance prise entre deux feux), ni parce qu'on ne mérite pas son intervention (interprétation faussement religieuse). S'il y a absence, silence en fait, c'est parce que Dieu le veut ainsi. Par pédagogie : il PATIENTE, pour laisser à tous le temps de la Connaissance qui peut mener à la conversion. Au travers des âges... Cette pédagogie de la patience est donc le pur produit de son Amour authentique; Amour qui S'est pleinement exprimé en jésus : souhaitant à ce point sauver l'ensemble qu'Il en saignât!

L'affaire se passe donc dans l'histoire, et le Dieu-Vrai (Celui de la foi), à la différence de celui de la religion (religiosité) ne veut pas tout ramener à Lui ni être le seul acteur de l'histoire. L'homme se doit d'entrer dans un cadre RELATIONNEL qui seul, voir chapitre précédent, est à même d'élever progressivement mais totalement! L'Humanité ne peut devenir, éclater, avancer vers son épanouissement général, que si Dieu laisse l'histoire à elle-même.

Quelle pédagogie! Il en est du Royaume «  comme d'un homme qui, partant en voyage, appelle ses serviteurs et leur confie ses biens  ». Voilà bien une phrase qui sacralise en quelque sorte notre liberté et légitime (positivement) « l'absence » divine. L'homme et le monde sont livrés à eux-mêmes. Ils se doivent de lutter pour le plus grand bien. Dieu oblige au combat. Car la Divinité, bien mieux que de chercher des serviteurs, des idolâtres, des superstitieux, est en quête de collaborateurs actifs, autonomes et fidèles. Dans cette optique, terrible travail et devoirs que ceux de l'homme . . Et ainsi, alors même qu'elle est souvent insoupçonnée, la Grâce est néanmoins toujours là! Tout au plus les déviations peuvent-elles ralentir la marche en avant. Mais qu'on se recentre, et on peut sans nul doute repartir. Silence donc, certes, abandon jamais . . .

Néanmoins, même en prenant très sensiblement acte de la fidélité divine, il est des circonstances qui concrétisent fortement l'approche voire l'installation du désespoir. .. La souffrance, par exemple, est là qui nous rappelle l'âpreté de la lutte, la misère de notre condition, l'objectivité aussi (cependant) de notre espérance! Car ce que nous sommes, fils de dieu, ne paraît pas encore visiblement. Nous sommes en de nombreuses occasions, et parfois durement, ramenés à la terre, à la matière. Le dégout peut d'ailleurs parfois surgir face à tel ou tel événement . . . C'est bien là toute l'ambiguïté du cheminement évolutif. En fait, la Force Primordiale, tout en se retirant visiblement du monde et bien qu'Elle ne cesse d'agir TRES sensiblement, reste fidèle à son optique initiale: laisser place à notre liberté pour qu'elle s'exprime de manière concrètement autonome, libre et puisse en Elle le nécessaire à la poursuite du Chemin. Et ainsi, même si la provocation est souvent terrible, face à la souffrance (engendrée par la nature ou les hommes) le choix de l'attitude à adopter reste nôtre en finalité. Il nous appartient ou non d'en saisir le sens (toujours la Connaissance)!

Disons le néanmoins clairement : le sens positif de la souffrance n'est pas discernable ni bénéfiquement vécu en dehors de l'Evolution de la Conscience! C'est une telle contradiction avec nos conceptions d'un Dieu-Amour. . . Mais quoi! Qu'a-t-il à y voir? Crois-t-on vraiment que son rôle se borne à veiller sur nous et à nous éviter toute déconvenue physique, morale, spirituelle? Certes, Il le fait : mais non comme on l'imagine... Le supposer c'est se tromper de dieu! Le vrai Dieu est Dieu de la Foi non de la religion . . . L'Alliance qu'il nous a offert permet certes dès ici-bas l'instauration du Royaume, mais jamais il n'a laissé sous-entendre que ce serait facile. Pire, du fait de notre rébellion, il prévoyait même des luttes extrêmes qui agresseraient notre être : qu'elles proviennent de notre propre nature ou des hommes. . . Provocation ultime: Il nous dit que l'importance, après le temps présent (qui doit être un temps d'amour), est à rechercher AU-DELA du physique, du transitoire, de la densité temporelle. Il nous dit même, en parlant de possibles moments de désespoir:

" Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus! "

Nous voilà bien avec cela! Quel soulagement pour l'homme persécuté que d'apprendre que le persécuteur ne peut rien faire de plus que de le tuer...

Non décidément, sans la Connaisance cette conception de l'Evolution n'est pas compréhensible. Dieu place l'espoir ultime au-delà de nos passages ici-bas, hors du Temps : il le place en Lui, dans la Vie! Quant à estimer maintenant qu'il y a, ici-bas, oubli de l'homme, c'est se tromper. La Grâce (toujours elle) octroye connaissance, force, persévérance, patience, foi, sagesse, pour poursuivre le cheminement. Malgré les nombreuses embûches placées sur la Route, Dieu reste toujours aux côtés de l'homme. Mais son action, et c'est d'ailleurs le moins qui puisse se dire, n'éclate pas véritablement dans cette vallée de larmes. Du moins dans le sens où on l'entend en règle générale, c'est-à-dire le sens religieux avide d'un Dieu sauveteur. C'est pourtant et simplement parce qu'on est dans l'erreur : ici il s'agit du Dieu-Sauveur! Avec tout ce que cela sous-entend de spirituel. La Paix véritable que l'on désire dès aujourd'hui est donc bien possible, mais encore faut-il changer de mentalité et réajuster les conceptions vis-à-vis de Dieu. Car s'il est exact que le Royaume est dans ce monde (NOUS sommes le Royaume), encore nous faut-il l'incarner! Ce faisant, le mal lui-même, quelque forme qu'il prenne, se diluera de plus en plus, il se volatilisera.

L'idée religieuse d'une Divinité « instaurant » en quelque sorte un Eden ici-bas n'est donc pas totalement irréaliste quant au fond, elle l'est pourtant en totalité quant à la forme! C'est nous qui, par l'union avec la Grâce (le Feu Divin en nous, qui engendre Connaissance, Amour et Foi) sommes susceptibles de générer un merveilleux universel. Et ceci, une fois encore parce que Dieu nous laisse entière liberté et responsabilité. C'est pur don de l'Amour et en même temps, disons-le, le danger de l'Amour, car cette déviation qu'est le mal puise aussi sa sève dans l'humaine liberté des êtres. C'est là le risque. Mais c'est nous, et nous seuls, qui l'avons généré...

Ce Dieu de la Foi donc, qui nous veut entreprenants, qui laisse libre court à notre autonomie dans l'espoir qu'elle s'intègre à Ses désirs, et que donc notre être comme l'univers qui nous entoure en soit transfiguré; ce Dieu-là, tout en nous demandant de Le laisser s'incarner à travers nous, tourne son Espoir en lui, c'est-à-dire dans l'éternité! Nous sommes bien ici en présence de l'Etre Véritable ! Le désir humain s'exprime, lui, spontanément dans la religion par l'espoir d'obtenir un Dieu utile, un Dieu intervenant, un Dieu qui guérisse (tout ceci est possible mais dans un cadre relationnel et sous certaines conditions...) Provoqué par la parole de Jésus, l'homme doit pourtant d'abord et continuellement se convertir à la foi en un Dieu qui laisse l'homme dans le combat de la vie...

Comprenons-nous bien, ceci ne doit aucunement nous résigner à la souffrance d'autrui en nous détournant. Bien au contraire !La souffrance, la maladie, la violence sont les point où la tentation méphitique a le plus d'influence; il est donc de bon ton de tout faire pour la freiner. Et même en dehors de toute théologie, il est totalement abject, humainement parlant, d'éteindre en nous la compassion et l'entraide. Ceci étant, et pour en revenir à un concept spirituel, loin de simplement prier pour quelqu'un qui souffre (et qui PEUT être guéri!), il est préférable de prier AVEC ce quelqu'un et de lui apporter aussi, par notre présence, le signe de Celui qui est toujours présent (bien qu'invisible)... Il est donc normal, humain, naturel, d'espérer la guérison, et Dieu l'accepte, mais il veut en outre par les événements qui nous touchent que la soif de lui soit attisée, que la foi soit une réalité purifiée et que, en toutes choses, nous collaborions à ses Plans en nous offrant pour le monde comme lui-même s'est offert pour nous ...

Le silence des Forces Positives n'est donc compréhensible que dans un acte de Connaisance et De Foi. Et cela va même plus loin : tous les Connaissant ont attesté une chose primordiale; à savoir que l'Evolution personnelle est dépendante du partage à ceux qui ne savent pas encore ! Et ce partage, par quel aspect aura-t-il le plus d'impact ? Par les plus douloureux, les plus durs, les plus difficiles... C'est pourquoi tous les connaissants, de toutes les époques, de tous les espaces et de toutes les cultures, se sont toujours donnés pour leurs frères !! L'Esprit Christique c'est cela! Aller jusqu'à prendre les difficultés de nos frères pour les aider à voir, comprendre, ressentir justement...

A ce niveau d'amour, la Foi n'en est plus à ses prémices : elle comprend que les épreuves sont nécessaires et les utilise pour le grand nombre... A ce stade la Foi est devenue théologale (les facultés de l’homme sont participation active et soumise à la volonté divine, par l'appui de la Grâce...). C'est pourquoi Franz Bardon, à la suite du Crucifié, lorsque de rares moments de sa vie étaient calmes, se lamentait en disant : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné ? "...

C'est pourquoi aussi, sur le Chemin évolutif, des repères nécessairement difficiles (mais positifs), et selon son Karma, sont placés pour TOUT homme : c'est inévitable... Les confrontations avec le mal passeront certes d'abord par l'intérieur (nécessité de purification, lutte de la nature personnelle, etc), mais il surviendra un jour, c'est inéluctable si on poursuit sur la Voie, que la confrontation sera plus physique !! Envers ceux qui prennent leur Evolution au sérieux, les déchus se risquent pratiquement à l'attaque frontale...
Cependant, si nous comprenons les choses, nous saisissons aussi que quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe, avec une tel esprit Christique, nous serons TOUJOURS vainqueur: car de cette lutte résulte une très grande puissance offerte pour le Monde et donc aussi, inévitablement, pour nous-mêmes (karma)... Même en "perdant" on gagne...

Tout ceci est évidemment un scandale, et n'est concevable que sous les auspices de la Grâce. Quant à le vivre... Il reste qu'il serait pour le moins malaisé de demander des comptes à Dieu alors qu'il S'est Lui-même, en Jésus, librement placé sous cette optique qui agresse tant notre nature. Et quoi! Va-t-on croire encore, comme certains, que les bonnes oeuvres sont à mêmes de nous épargner les étapes douloureuses de la vie grâce à une intervention divine? Certes, celles-ci surviennent quelquefois (et même souvent), mais les raisons en sont généralement obscures, c'est-à-dire sises au sein de l'unique Liberté Divine. De fait, existait-il un juste comme le Christ? Pourtant, le Père n'a pas davantage épargné ce Fils si Saint : il le LIVRE au contraire pour nous. Voilà à quoi peut arriver, malgré les abominations environnantes, la Grâce en nous : que notre désir de frêle créature s'unisse et s'intègre au Désir Divin. L'absence, le silence de Dieu, la souffrance, la nuit de la foi, sont signes de lutte paroxysmique entre mes espérances et l'Espoir de Dieu. S'unir à cet Espoir, dans notre vie de tous les jours, est attestation de ce qu'est la Foi réelle : un désespoir confiant au-delà de toute mesure et au-delà de toute conception naturelle nous portant vers un bien-être certes immédiat mais, en définitive, bien futile s'il est coupé du Bien absolu.

On peut comprendre ce Divin Concept à partir du Mental inférieur, intellectuellement donc, mais cela ne se vit réellement et en connaissance de cause qu'à mesure d'une Evolution qui puisse sa force plus haut... Le Feu en nous, la véritable Lumière au sein de laquelle nous devons nous fondre, exige donc notre entière et absolue collaboration. La justification est du dedans, non du dehors... Il faut dire le "oui" du coeur aimant et reconnaissant, celui qui n'est pas calculateur : le « oui » de l'amour réciproque, de la liberté dans la relation. Celui qui devra, au long du pélérinage terrestre, se réitérer encore et encore jusqu'à la magnitude personnelle, différente pour chacun. Avoir conscience de sa Conscience n'est réellement possible qu'au sein de la Relation-Vérité (c'est-à-dire L'UNION DE NOTRE NATURE ET DE L'ETINCELLE DIVINE EN NOUS!), cette relation étant, définitivement, un abandon actif .

Prendre conscience de tout ceci, et surtout en vivre, n'est pas chose aisée... Nos tendances propres, naturelles, prennent ou reprennent souvent le pas sur les justes et vivifiantes aspirations. Nous sommes effectivement tous, à différents niveaux, des superstitieux (c'est-à-dire des idolâtres, autrement dit des égarés). C'est le temps associé à notre Evolution qui sont, seuls, susceptibles d'atténuer voire d'annihiler cette fâcheuse tendance. Car mettre la main sur Dieu, penser contrôler le Destin ou les forces « obscures » qui oppriment : qui peut dire qu'il n'y a jamais pensé ?

Il reste, à qui veut bien le voir, qu'une autre approche est nécessaire et fondamentale. Se savoir fils adoptifs et, par la Connaissance et la Foi (appliquée), se centrer petit à petit : de façon à PARTICIPER à l'Oeuvre !
C'est cette Connaissance qui nous fait comprendre qu'à l'inverse des faux-dieux, Celui qui Est vient en premier... Et en plus de rencontrer l'homme, Il invite ce dernier à le suivre! De fait, lorsque Moïse voit Yahveh de dos [Exode 33], n'est-ce pas là, plutôt qu'une interprétation erronée sur le fait qu'on ne peut voir Dieu sans mourir (ailleurs, en effet, Moïse discute pourtant face à face avec Dieu! [Exode 33:11]), une invitation à suivre sa trace, à nous laisser humblement guider ?

Ce Dieu-là, très vite, fait saisir que l'initiative première est sienne, et ne vient pas de l'homme. En outre, Il veut faire comprendre qu'en aucune façon Il n'est sensible aux marchés, aux trocs divers destinés soit à Le calmer, soit à attiser Sa bienveillance ou Sa protection. Le Dieu vivant attise au contraire une autre sorte de désir humain : se conformer totalement à Lui, se transfigurer, s'élever, se centrer, se diviniser... Lorsqu'il surgira visiblement dans le temps, en la personne de Jésus, chacun pourra, grâce à Son Esprit, reproduire cette véritable Image Divine!. Chacun pourra devenir pareil à ces adorateurs en esprit et en vérité que cherche le Père; ces hommes et ces femmes qui savent la Force évolutive agissant toujours en premier, qui accueillent cette réalité et la reproduisent, dans le même Esprit, autour d'eux... Car l'amour véritable qu'il nous faut imiter, reproduire et partager n'est pas égoïste ou égocentrique : il est missionnaire. Cela aussi la Trinité l'a éminemment prouvé...

L'amour égoïste existe pourtant même si, en réalité, il ne s'agit pas d'amour mais de sentiment sécuritaire parfaitement superstitieux dont la base est non dans la Foi mais dans la religion. On veut attirer sur soi protection, chance, bien-être; et ce en faisant le premier pas vers ce qu'on appelle faussement Dieu, Force Primordiale ou Expressions Divines! La religion en fait n'est qu'initiative de l'homme SUR Dieu auquel on demande une réaction... Toute proportion gardée, c'est également l'attitude des Déchus... La Foi, elle, est réaction de l'homme face à L'AGIR de Dieu!

La religion en outre, du fait de sa sève peureuse, cherche constamment à se faire valoir devant Celui qu'on considère avec crainte (et c'est normal puisqu'on ne Le connaît pas). De là surgissent les interprétations multiples liées par exemple à la morale (sexuelle surtout), aux tabous, aux interdits. La règle essentielle est d'être « en ordre » avec la Divinité. On ne sait jamais... Le fait de se déclarer purs, sans taches, membres du peuple élu, détenteurs de la Vérité, prouve de façon claire le caractère faussé du concept religion. Car effectivement, en toute logique, on devrait pourtant comprendre que quoi que nous fassions de bien autour de nous, jamais nous ne pourrons faire valoir quoi que ce soit devant Dieu, et d'autant moins que sans Lui, c'est-à-dire sans nous centrer et vivre à partir du Centre en nous, nous ne pouvons rien faire! Le religieux, qui est d'office perdant, ne peut qu'être semblable à Isaïe face aux séraphins [6:1-13] et s'exclamer : «  Malheur à moi! Je suis perdu  »! C'est qu'en vérité, répétons-le, l'esprit religieux part et aboutit à l'erreur : l'homme ne fait pas, ne fera jamais le poids face à la sainteté de Dieu; et d'autant moins s'il se croit toujours obligé de satisfaire à ce qu'il croit être des exigences divines. Car il devra à jamais gonfler la valeur des sacrifices qu'il offre, de peur de provoquer ou courroucer son faux-dieu. On peut tous aisément imaginer (car cela s'est hélas déjà produit) jusqu'à quel point d'abomination peut conduire cette religion close basée sur la peur, l'angoisse, le négatif...

Jésus, on le remarque surtout au travers de l'opposition avec les pharisiens, renverse et annule les concepts religieux et sécuritaires. Par Lui, on entre véritablement dans l'aspect foi. Et il nous fallait bien pour cela un Homme-Dieu, un Dieu fait homme. Par son incarnation Il agit en effet comme Dieu vers l'homme (et Il révèle Dieu) et il agit comme homme vers Dieu (et Il révèle l'homme)... Jésus nous démontre par toute Sa vie ce qu'est un chemin de foi : cette route ne consiste plus en une confrontation entre l'homme et Dieu, mais insiste sur le vouloir de Dieu POUR l'homme et la réponse que celui-ci Lui apporte! Les conceptions premières, d'erronées, sont devenues véritables, transformantes : la valeur prépondérante n'est plus de PRODUIRE sans cesse et orgueilleusement devant Dieu mais d'abord de connaître, d'accueillir et de partager amoureusement la Révélation qui nous déclare Fils! Le point central n'est plus le passé ou le bilan des mérites, mais l'avenir : ce que l'homme peut devenir moyennant la Foi, l'Espérance et l'Amour.

Le Christ est vraiment libérateur. Par Son fait l'angoisse de l'homme peut disparaître. L'importance n'est pas qu'on soit faiblesse ou « grandeur » supposée devant Dieu mais qu'on se sache aimé et destiné à l'Union Transcendante! A partir de là, avec l'apport de la Grâce, tout est possible. Même l'imitation du Christ.

Mais ce Dieu de la Foi, pour en revenir au difficile silence divin, qui nous rend et laisse libre afin que nous puissions par tout notre être dire et répéter inlassablement ce « oui » qui nous engage; ce Dieu-là ne peut qu'être « absent »! Son silence est, paradoxalement, la plus grande preuve qui soit de Sa réalité à nos côtés. Le dieu de la religion, par contre, qui est une projection de l'homme, correspond aux désirs naturels (animal) de celui-ci; à savoir de protection, de domination, de bien-être, voire de plaisirs. Et dans ce cas, les rapports sont donc fondés sur la puissance et la faiblesse. Mais le Dieu Vivant, qui Se veut absent par respect pour nous, ne correspond pas au désir inné de l'homme; Il est autre et il ne peut qu'être VRAI! Le désir humain ne projetterait effectivement PAS un Dieu absent...


S'attarder sur le silence ou l'absence divine sans explications extensives eût été une erreur tant il est vrai, et les chapitres antérieurs sont là qui attestent la chose, que les relations que nous, les hommes, entretenons avec nos semblables peuvent tout autant être visibilité que proximité très concrètes de Dieu! Chaque fois, rappelons-le, qu'un homme aime comme Jésus, l'Etincelle Divine en nous (tout Dieu donc) est présente et visible... Et cela fait bien partie de la pédagogie qui s'exhale de cette situation paradoxale (Absence-Présence de Dieu) : c'est aux hommes de prendre leur histoire en main (liberté) et, avec Lui, dans le même Esprit d'amour (la Grâce évolutive), d'incarner et de partager autour d'eux la Lumière... Cela le dieu de la religion ne peut pas le faire. Etant projection du désir terrestre, il ne peut pas susciter autant de sacrifices, d'abandon confiant ou de persévérance. Il ne génère que des extrémistes (dans la morale et/ou les actes), des superstitieux, des désespérés, des dominants, des « purs », des élites, des orgueilleux, des supposés connaissants. Ce n'est pas là, on s'en doute bien, l'Espoir initial et ultime de Qui vous savez...

Qu'on réfléchisse maintenant un minimum aux dramatiques situations qui ensanglantent la terre depuis l'apparition de l'homme, et on s'apercevra aisément de la naïveté de ce concept religieux de Dieu... Car que perçoit-on primordialement et principalement au niveau historique : que les puissants, les forts, dominent les faibles! Pourtant, pour l'adepte de la religion, Dieu se doit d'être présent dans tous les événements, des plus futiles et personnels aux plus importants et mondiaux... Qu'est-ce à dire alors sinon qu'il est du côté des barbares et contre les humiliés! Cela peut-il être ? Assurément pas! Et de fait, en Jésus, il s'est résolument placé aux côtés des petits. Soyons d'ailleurs logique et paraphrasons Gandhi en écrivant que si le mal devait un jour l'emporter, il y aurait longtemps que cela se serait produit...

Non, véritablement, Dieu refuse de disposer pas à sa guise de tous les événements, il mépriserait alors notre liberté (cela ne signifie cependant pas qu'il ne dispose pas de certains événements ou de certaines causes et circonstances...). Simplement est-Il avec ceux qui L'acceptent DANS l'événement! Et s'il est certes puissant, quoi qu'en pensent certains, Il n'utilise néanmoins pas Sa force tels les puissants d'ici-bas, ni encore moins avec eux; non, Il est autre, Il est le tout-autrement-puissant... Puissance de Vie, plénitude de Vie qui peut et veut éclater dans nos existences et surtout nos consciences, s'incarner dans nos actions afin de les sacraliser et de réaliser Ses Plans supérieurs! Ce Dieu-là, à nouveau, ne sera pas savouré en voyant les ténèbres de la vies si, par l'Evolution (subordonnée à la Connaissance), on se saisit pas AUSSI le sens exact de toute existence. En dehors de la Grâce, en effet, le sens absolu de la vie qui apparaît, comme le dirait Raymond Devos, c'est l'absurdité... L'athée y accède assez aisément. Le Religieux peut mettre un peu plus de temps pour atteindre ce niveau négatif (tant que son bien-être n'est pas menacé, il « croit ») mais il est inévitable, en face du malheur personnel ou extérieur à lui, qu'il sombre lui aussi.

Le sens véritable, la connaissance libératrice, ne peut se trouver en dehors du Libérateur. Théologiquement parlant. Il existe certes des philosophies qui « calment » les effets qu'ont sur nous les provocations du monde, mais bien qu'elles fassent une large part à un jargon d'unité, et tout en ne mettant pas en cause la liberté de ceux qui y adhèrent, elles n'en restent pas moins réductrices pour l'homme, voire impersonnelles. La Connaissance de l'agir Divin et surtout son pourquoi , eux, qui ne sont pas négation de l'homme ni du monde, transfigurent progressivement l'un et l'autre. Ni fuite, ni abandon, ni dissolution : juste Transfiguration de mon être et, s'ils le veulent, de ceux qui m'entourent. Au travers de nos libertés communes.

Rien de tout ceci n'est pourtant évident... Les agressions, les scandales de tous ordres sont par trop multiples; la connaissance et le vécu concret de la vie de foi trop subordonnés à nos défaillances, nos rejets, nos esprits fragmentaires ou raisonnables... La Beauté Véritable est en grande partie insaisissable à nos désirs; c'est assez terrible. Et souvent ressurgit cette tentation nous poussant, de diverses manières, à remettre la main sur l'Unique : pour L'asservir à nos besoins... C'est donc bien une lutte de tous les jours qui caractérisent ceux qui se savent bénéficiaires de la Tendresse de Celui qui Est. La confiance, pilier de la Relation-Vérité qui est la Foi, doit faire un long, très loin chemin avant de devenir absolue...

Mais l'amour engendre la Foi, et la Foi (véritable) ne peut qu'engendrer l'Amour...

A ceci, disait Jésus, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, les enfants du Père : que vous vous aimiez les unes les autres COMME JE VOUS AI AIMES! Autrement dit sans distinction, discrimination ou choix préétablis.

Ailleurs [Matthieu 25:31-46], le Christ laisse en outre clairement entendre que l'Amour divin (que nous avons mission de répandre) se porte plus volontiers sur ceux qui ont besoin d'un docteur, et non les bien-portants (ou ceux qui pensent l'être); à savoir les faibles, les exclus, les éliminés du monde, les malades, les prisonniers, les sans-pouvoirs. A notre époque on pourrait rajouter les sidéens, les étrangers, etc... L'Amour de Dieu n'est donc pas le prolongement d'élans naturels qui, eux, répugnent parfois (ou souvent) à trop fréquenter certaines catégories de personnes. Bien sûr, on fera valoir qu'il n'est nul besoin de faire partie d'une église pour aimer son prochain, quel qu'il soit. J'acquiesce. Il n'est pas nécessaire de savoir consciemment qu'en soit l'Esprit, qui souffle où Il veut, agit de façon concrète... Mais comment se savoir réellement Fils alors ? Avoir conscience de sa Conscience, c'est aussi connaître en plénitude la Nature véritable et éternelle de sa Conscience...

Et encore ceci n'est-il qu'un préalable intellectuel : il reste à se centrer afin d'utiliser et de partager la plénitude de cet Amour trouvé, connu et ressenti... Inutile de repréciser que cela engendre une lutte intense... Le problème du mal engendrera en effet toujours des scandales pour tout être raisonnable avant que celui-ci ne soit conscient... La difficulté consiste effectivement à concilier les effets du gouvernement divin que le Fils (surtout) décrit comme étant proche, suave, attentif; et les assauts sans cesse répétés des multiples facettes du mal. Mais c'est principalement parce qu'on juge la chose sous deux angles inadéquats! Le premier à trait au temps, le second à la liberté des êtres pensants...

Nous le savons, le libre arbitre de chacun permet l'application soit du bien soit du mal. En dehors des extrêmes, les deux étant inévitablement mêlés en l'homme! Le mal dans l'univers, bien qu'il ait une origine métaphysique à laquelle l'homme a désormais adhéré, est donc subordonné à notre initiative personnelle; initiative qui, jusqu'au bout, sera respectée par Dieu! Mieux même, par la Grâce qu'Il nous offre (c'est-à-dire la Connaissance de Lui-même et donc de nous-mêmes!) il est en outre possible de nous laisser transfigurer sans perdre pour autant notre autonomie, notre indépendance, notre être! Car la Grâce ne supprimme pas la liberté : elle la sublime... La vraie liberté n'est pas en effet le libre arbitre (possibilité de faire le bien ou le mal), mais la LIBERTAS (Liberté); c'est-à-dire la libération CONSENTIE de tout notre être par l'action de la Force Evolutive! C'est s'offrir à la Sublime Lumière par reconnaissance et amour pour qu'Elle nous donne l'occasion d'exprimer concretement Sa Charité.

Celui qui accepte de vivre cela à l'extrême, c'est-à-dire au paroxysme de l'exercice compassionnel et charitable, peut dire comme l'apôtre: " ce n'est plus moi qui vis mais le Christ qui vit en moi! " . C'est à cela que tend, dès ici-bas, le Karma INDIVIDUEL : à l'Union. Mais cette sorte de Providence est elle même mêlée au Karma GENERAL qui règle toutes choses extérieures en fonction du Désir suprême de Dieu : que TOUS soient conscients et donc sauvés! Nous arrivons par là même au second angle énoncé plus haut : le Temps...

Nous subissons, vivons, jugeons tout selon des vues temporelles. Et il n'y a rien là de malsain, c'est tout à fait normal: nous sommes matière. Il n'en reste pas moins qu'il faille dépasser ce premier stade, il est sommaire. Le fait que les abominations prédominent généralement en ce monde, et au-delà même du libre arbitre des êtres qui les accomplissent, atteste bien que les sages dispositions de la Providence, ET BIEN QU'ELLES LE POURRAIENT (mais il fut écrit ailleurs qu'on ne donne pas les perles aux pourceaux...), ne se vivent pas avec béatitude pour le grand nombre; elles transparaissent davantage au niveau individuel et personnel. L'action providentielle généralisée a certes déjà sa justification en ce monde, mais souvent aussi elle est entravée. Ce n'est à nouveau pas parce que cette dite Providence ne désire pas aller plus loin, mais parce que NOUS, au niveau général, nous ne le voulons simplement pas (par bassesse, peur ou ignorance)! Et ainsi, à cause de la décision majoritaire de l'entité humaine, les effets universels de la Force Evolutive ne peuvent se remarquer qu'en quelques êtres individuels. S'il est vrai que la religion voudrait un dieu intervenant miraculeusement et avec puissance pour mettre un terme définitif à tout le mal, la Foi, elle, sait que tout est possible positivement dès ici-bas par l'union de la nature humaine et de la Grâce, mais que cela se passe plutôt au niveau individuel et que c'est à partir de toutes ces individualités que se génère l'Evolution générale.

Que la conscience de cette Vérité se fasse en nous ! Puissions-nous être des Aimants et donc des Conscients...

CHAPITRE SUIVANT

Tous droits réservés
Reproduction et diffusion strictement interdite sauf autorisation - Droits d'usage strictement personnel