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La Chute et le mal


La Chute... Notre Chute! Cette facheuse tendance faisant de nous une force opposée à la Force...

La Chute! Ce gouffre où, si ce n'était l'ardente effusion d'Amour de Celui qui endure l'offense, et par le relais de Ses Serviteurs, nous serions totalement enchaînés aux ténèbres les plus profondes...

C'est dans la nuit des Temps, à l'instant même où l'homme quitte sa stature androgyne, qu'il s'éveille à la matérialité (et à ses "plaisirs") et qu'il en fait son dieu : refusant le véritable Esprit...

En raison de la Chute originelle, qui correspond en fait à l'attitude d'un être voulant disposer de soi d'une manière autonome et absolue, l'homme tombe sous le coup d'un état de perdition qu'il est incapable de surmonter à l'aide de ses seules forces naturelles et humaines...

Cette situation place la liberté de l'homme en porte-à-faux : comme le déclarait l'apôtre : " Je fais le mal que je ne veux pas, et je suis incapable de faire le Bien que je veux! "
La liberté, qui n'est pas détruite, est néanmoins blessée, comme entravée par des puissances internes et externes. Et pour accéder au Bien Absolu, elle doit être aidée... C'est là qu'intervient (voir ci-dessous) ce Don absolument GRATUIT qu'est la Grâce Divine (par l'intérieur, et l'extérieur) : Don gratuit car Dieu n'est obligé en aucune façon par quoi que ce soit d'extérieur à Lui...

Nous aurons toujours à lutter (jusqu'à ce que nous soyons au Centre et que nous soyons LE Centre...) contre cette tendance consistant à vouloir quitter le giron du Père (l'Economie de la Divine Force Primordiale poussant à la Réintégration), à nous affranchir trop tôt , à vouloir régner sans Dieu, à désirer les plaisirs rapides aux plaisirs éternels ! Qui d'entre nous, en effet, n'a jamais cru qu'il savait ce qu'il fallait faire pour évoluer ? Mais le souvenir de la parabole de l'enfant prodigue doit ouvrir les yeux des aveugles que nous sommes! Car que nous montre-t-elle ? Que le fils désire certes sa liberté, mais PAR LUI MÊME ET POUR LUI MÊME !! "Père, donne-moi ma part d'héritage" : c'est-à-dire pour que j'en profite et l'utilise loin de toi ... cela sous-entend, en outre, une chose navrante...

D'abord, le fait que l'on s'estime capable d'être meilleur que Dieu dans Ses expressions et Ses Forces évolutives ... Par un certain côté, cela rejoint l'antique orgueil du premier déchu ! Néanmoins, pour l'homme, réfutons le mot « péché », il ne s'agit que d'une erreur, mais elle est de taille et, c'est inévitable, engendre ensuite le péché. Car penser que l'on a par soi-même la capacité de discerner, hors de la Grâce et de la Connaissance, la véritable nature des choses, le Bon et le faux, le Vrai et le mensonge, l'évolutif et ce qui ne l'est pas, c'est se leurrer et aboutir, l'histoire est là pour l'attester, dans un mur ! Prenons l'image de l'athlète qui veut battre un record et se lance dans sa quête sans préparation et bases saines, c'est exactement cela qui s'est passé et se passe toujours : par moment (trop souvent) l'homme (fut-il pélerin sur la Voie) s'estime assez évolué pour appréhender et dominer son destin hors de la Voie, et pense atteindre le But non seulement sans Celui qui est le but, mais également en sautant les essentielles étapes et les règles nécessaires pour se dominer ! Pourtant la Loi est celle-ci : domine véritablement le monde, celui qui domine d'abord ses tendances négatives, fausses ou erronées... Mais comment cela serait-il hors de la Vérité totalement appréhendée?

Nous sommes donc tous souvent des enfants prodigues ! Avant que nous ne soyons construits, et donc avant que notre héritage ne soit complet , nous voulons en profiter : la conséquence en est un gaspillage et un capital dissous qu'il faudra renouveler ...

Tout le problème est effectivement là: le fils prodigue (qui est nous-mêmes, on ne se le rappelera jamais assez!!) demande une chose assez terrible «  donne-moi la part d'héritage qui me revient  » ... Le drame réside dans ces mots: " la part " . Alors que l'Un veut TOUT donner... Et non pas dans un découpage pour l'un ou par l'autre, mais dans la Communion AVEC TOUS ! Dans le sens du partage, celui où l'on goûte ENSEMBLE à tout...

Certains diront peut-être qu'il y a ici un problème de communication, en réalité c'est autre chose, c'est un problème de CONFIANCE et donc de FOI (je vous reporte au chapitre suivant...) car dès l'origine, et jusqu'au bout, jusqu'à la Transcendance, cette vertu sera d'actualité...

Pour preuve de ce Divin Désir de communion, cette phrase dite au fils fidèle (qui se plaint, autre problème, de la réaction du Père à l'égard du fils prodigue) : «  Mon enfant, tout ce qui est à moi est à toi  »... Phrase que dira le Christ Lui-même (pour signifier que l'héritage, grâce à l'Esprit qu'Il nous méritât, est toujours d'actualité) : «  Père, tout ce qui est à moi est à toi et tout ce qui est à toi est à moi  » (Jean 17,10). Mais le pire n'est pas là ! Cette erreur, en elle-même, peut être rattrapée, mais le problème, et Jésus l'explique fort bien, par rapport à la Chute originelle, c'est qu'après avoir tout gaspillé, l'enfant prodigue tomba sous la coupe d'un maître méchant (les forces nocives symbolisées par Satan) et qu'il en vint même à manger la nourriture des cochons : une façon très explicite de dire que la prime dignité d'héritier est totalement dégradée ... Voilà d'ailleurs le sens de la parole du Christ : «  Qui n'est pas avec moi est contre moi  » ... Ce n'est pas Dieu qui est contre celui qui s'égare ou veut trouver sa voie par lui-même, mais c'est simplement que, par ce fait, l'homme est nettement plus faible, friable et malléable et se place donc inévitablement, même sans le savoir, sous le joug d'un maître nettement moins miséricordieux et nettement plus destructeur...

A l'origine donc, et pour toujours, c'est définitivement l'homme qui est son propre bourreau, qui sème les germes de sa propre perte (karma), sans le vouloir certes, mais en vérité néanmoins.

De part cette erreur, cette bifurcation dans le Désir Divin Primordial, d'une part l'homme s'enchaîne donc de plus en plus au chaos et, d'autre part, cette Connaissance Véritable que nous aurions dû appréhender petit à petit, nous habituant progressivement à l'Amour Immortel, apprenant que nous sommes cet Amour et communiant à lui, oblige les Forces évolutives (et jusqu'à Celui qui est leur expression absolue) à emprunter également des voies différentes afin de nous rendre à nouveau dignes, réellement connaissants, totalement humains (c'est-à-dire divins) et donc prêts à la Réintégration... Lié par son dessein, qui nous fait héritier, Dieu ne pouvait et ne peut supprimer notre liberté car Il supprimerait également notre héritage tout entier ! Le Christ devait donc désormais venir en tant que Rédempteur ; c'est-à-dire épouser notre humanité d'une façon totalement différente, et ceci à cause de la Chute ! Hors de l'Erreur initiale, le Christ serait simplement venu récapituler l' Amen du genre humain qui se serait éveillé progressivement mais sûrement, mais de par la contradiction du mal, le Christ a dû se mêler à cette funeste rupture de façon à dire cet Amen à notre place ! La Transcendance de notre nature, et sa Filiation, à travers le Christ, ne pouvait (et ne peut) plus être d'actualité qu'au travers d'un Rachat, d'un Rééquilibrage : d'une Rédemption...

C'est donc désormais au travers des errements de l'homme, à travers notre liberté dégradée, oscillante entre le bien et le mal, à travers les doutes, les erreurs, la souffrance et le sang, les ruptures et les pardons, que l'Energie Transcendante va devoir conduire l'homme...

Selon la Loi, la manifestation du Mystère de notre filiation devait s'accomplir, inéluctablement : selon le Dessein Originel Divin. Mais du fait de la chute perpétuelle (c'est pourquoi il est dit que le Christ souffre jusqu'à la fin des temps, c'est-à-dire jusqu'à ce que tous les êtres soient CONSCIENTS !) cette Manifestation s'est donc résolue dans le Christ.

Il ne faudrait cependant pas croire pour autant que la faute était voulue par Dieu ! Etant l' Être, comment Dieu pourrait-il imaginer ce qui n'est pas : comme le mal, l'erreur, la faute ou quoi que ce soit de négatif ? Nous y reviendrons plus loin, mais juste une parenthèse donc pour expliciter qu'il ne faut pas se méprendre et verser dans un certain dolorisme en pensant que l'erreur originelle était voulue afin qu'il y ait en quelque sorte un rôle sur mesure pour le Rédempteur... Il convient donc de juger pertinemment cette phrase liturgique disant « Bienheureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur » ...

Il y avait-il nécessité d'une Chute pour que nous soit donné le Christ ? La réponse, nous venons de le voir, est sans équivoque : NON ! Il reste que le mal, le retour vers soi et non vers Dieu, a changé la donne ! De toute éternité, en effet, le Fils nous était destiné ! Du fait de nos errements, il a cependant fallu que le Verbe S'incarne dans un corps de chair et de sang, soumis à la loi des hommes, tenté comme tout homme, vainqueur du monde et de tendances inférieures, et enfin, dans un vivifiant esprit de partage et de communion, en tant que Rédempteur, Prêtre Parfait et Frère Aîné, dispensant le Don gratuit du Père que notre erreur initiale a entravée : l' Esprit-Saint.

Sachant donc que, de tout manière , le Christ serait venu, la Rédemption ne surélève pas le désir de communion de Dieu dans sa FINALITE, mais dans le MOYEN engagé afin de rectifier les choses ! Ce n'est pas, loin s'en faut, à notre honneur ; mais bien à Son honneur ! En outre, quand on pense au lot incommensurable de souffrances réellement atroces générées depuis que l'homme existe, c'est vraiment faire peu de cas de la nature du Bien Absolu que de Le présenter comme un invétéré sadique s'amusant des horreurs de l'homme et les acceptant comme une inéluctabilité... Vouloir une chute pour être certain de faire ensuite valoir assez de Miséricorde et Compassion au travers d'une Rédemption, cela vous paraît logique ? ça ne l'est pas, et pour deux raisons principales...

La première, sur laquelle je reviendrai plus loin, c'est que l' Un est l'Innocence dans sa plus simple expression, la Vie Absolue : comment pourrait-Il (pré)voir le mal qui n'a pas d'existence, et ne s'exprime que dans et par les consciences? Voyez un petit enfant, autre forme d'innocence, ne fait-il pas confiance ? Prévoit-il un quelconque mal ? Il ne sait pas ce que c'est. Il en est de même pour Dieu : en dehors de Lui, rien n'existe, et en lui point de ténèbres négatives ! Et pas davantage de régression : Il est ce qu'Il est depuis toujours et à jamais ! Comment aurait-il pu sortir de Sa nature pour apprendre ce qu'est le mal ? Il ne le peut pas directement. Il n'en fera « l'expérience » qu'indirectement : à travers nous et notre Erreur (initiale et répétée à travers les âges)... Ce n'est qu'alors qu'Il se heurte, de front, à ce qu'Il n'a pas prévu : la contradiction du mal !

La seconde raison militant pour le fait que la Chute n'était ni imaginée, ni désirée, c'est l'absolue générosité du Père... Un Père tout humain, déjà, et digne de ce nom, attendrait-il que son enfant engendre erreurs sur erreurs avant de lui témoigner son amour ? Nous connaissons la réponse ! Et pour l'Unique, il en est de même : Son Amour, Ses Dons, sont premiers et sans réserves aucunes ! Ce qui signifie qu'Il nous a donné le meilleur et la totalité dès l'origine ! Il nous a tout donné depuis le commencement ! Il ne demandait et ne demande que d'en prendre conscience (et d'être Conscience) progressivement...Et si le Fils n'était pas encore apparu visiblement c'est simplement, comme écrit plus haut, parce qu'Il devait récapituler l' Amen de l'humanité « à la fin » : comme prévu !

A l'origine (hors du temps), l'Agneau était sans reproches et sans taches, ainsi que l'écrit l'apôtre Pierre. Cependant, alors même que l'homme se redresse et commence son Règne (le quatrième : le Règne humain, précédant le Règne divin, et venant après les Règnes minéral, végétal et animal), que déjà il réclame sa part d'héritage... Ceci atteste bien que l'Equilibre étant rompu dès l'origine du monde, c'est-à-dire dès l'origine de l'homme (humain) l'Un, qui ne peut Se renier lui-même, et par le Christ qu'il nous a promis, va devoir S'adapter... Allant toujours de l'avant, la Force Primordiale S'empare alors de l'inacceptable : le mal... Et Elle va aller plus loin encore (folie de l'Amour Absolu) : Elle S'empare de cette blessure (causée à nous-mêmes, pas à Elle !), ne permet pas que cela affecte Son Amour et Ses Dons, et nous donne plus encore : «  Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé  », dit l' écriture (Rm 5,20). La Grâce Supérieure au Monde sera donc toujours le Christ, mais ce sera désormais un Christ-Rédempteur... C'est pourquoi Jean proclame dans son apocalypse (13,8) que « L'agneau est égorgé "dès la fondation du monde"... Autrement dit : dès que l'homme se redresse et utilise la partie inférieure de sa conscience pour s'enraciner, pauvre fou, dans la matière...

Cet autre passage, attribué au prophète Isaïe, nous démontre également que l'Alliance et l'Amour ne cesseront jamais...

«  Sion avait dit : le Seigneur m'a abandonnée, le Seigneur m'a oubliée. Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, Moi je ne t'oublierai pas. Vois, je t'ai gravée sur les paumes de mes mains  » (49, 14-16)...

Les paumes de mes mains... Comment ne pas y voir les stigmates du Christ, signes s'il en est de l'Amour-Passion.

Ce n'est donc pas le mal qui permet à Dieu de faire valoir Sa Bonté (ce serait attribuer à la négativité un rôle qu'elle n'a pas à la source) : c'est Dieu Lui-même, le Premier (car qui est avant Lui ?) qui donne et Se donne dès l'Origine : en entier et totalement ! Sans restreindre Ses Dons. Sans calcul (propre à notre mental erratique)... L'Incarnation et la Rédemption ne sont donc pas le But mais des moyens nécessairement extraordinaires engagés pour ce But. L'Incarnation était prévue depuis toujours, mais la Rédemption est une réalité qui a vu le jour du fait de nos erreurs...

Non, décidément, celui qui avance sur la Voie, ne peut accorder crédit à ce délire consistant à présenter le mal comme nécessaire (à notre Evolution et comme gage de l'Amour Divin) ! Ayant bifurqué du Projet Initial, il est clair que même le mal, maintenant , entre dans l'histoire évolutive et peut, par sa noirceur, nous permettre d'apporter de la lumière, mais c'est un état de fait généré par nos ennemis et notre stupide résistance : pas une volonté divine originelle ! D'ailleurs, quand on sait que le mal peut aller, hélas, jusqu'à la perte de son âme, on conçoit mieux que Celui qui ne désire que la Communion en Lui, par Lui et avec Lui, ne rentre pas dans ce genre de risques incompatibles avec Son être !

Car Dieu, en effet, répétons-le, est une Innocence au-dessus de toute innocence ! Et il est trop pur pour (pré)voir le mal ... Il ne peut s'en faire une idée qu'à travers ceux que cela touche. L' Un est totalement étranger au mal: ontologiquement, infiniment étranger au mal ... Comment Celui qui est l' Etre pourrait-Il prévoir ce qui n'est pas l'être, mais la destruction de l'être, et qui est donc extérieur à lui ? Le seul moyen serait le contact. Mais qui donc pourrait toucher Dieu ? Certes, certains purent le faire physiquement, mais uniquement lorsqu'Il fut incarné... En dehors de cela, Dieu ne voit qu'au travers de la Vie et l'être qu'Il donne aux Univers, Il ne peut rien voir d'autre : sachant que le mal n'est pas dans ces Dons fournis, Dieu ne peut le voir et encore moins le prévoir... Ce qui fait Sa Faiblesse... Tout le rôle des agents du mal, en effet, au-delà du fait qu'ils luttent pour leur existence et leur survie, est de vouloir que l' Un et ses serviteurs soient confrontés au mal (ce qui est également toujours le cas lorsque certains Maîtres s'incarnent...): manière sans équivoque de légitimer leur existence et de toucher Dieu en plein Coeur, à travers nous ... Car Dieu ne peut autrement voir le mal! C'est extérieur à Lui, à Son être. Il ne voit définitivement en l'homme que l'Image de Sa ressemblance, et même pas au passé ou au futur, mais dans un éternel Présent ! La rencontre du Christ avec la femme adultère est édifiant à ce sujet... Le grand déchu voulait qu'il y ait un face-à-face entre Dieu et le mal (comme toujours!), mais c'est impossible, et Jésus va même jusqu'à écrire sur le sol pour l'attester : cette confrontation n'existe pas pour Lui. Et d'ailleurs, en suppossant même qu'elle puisse exister, regarderait-il la femme adultère ou la dureté de coeur de ceux qui l'ont conduite là ?

Dieu ne peut pas voir à partir du mal ! Et Il ne peut nous voir à travers le mal... Il ne voit en nous que Son Image... C'est pourquoi, lorsque les accusateurs furent partis, il dit à la femme qu'Il regarde désormais: "Femme, personne ne t'a condamnée ?" La femme répond : "Non, Seigneur". Et Jésus lui dit : "Eh bien moi non plus, je ne te condamne pas!" Il ne dit pas ton péché (le mal) je le connais et je te le pardonne (le Christ n'a jamais dit cela !). Il guérit d'abord, Il recrée, Il rééquilibre, à partir de ce qu'Il voit dans l'homme : l'Essence Divine...
Impossible pour Dieu, de part Sa Nature, de le faire à partir du mal qui est extérieur à Lui, à Son Etre, et même doublement impossible puisque dans le mal n'existe pas cette Essence Divine...

En conclusion, cette extériorité du mal nous opprime, nous les hommes, pour une raison très simple et hautement logique: parce que nous ne sommes pas davantage centrés ! Mais cela affecte néanmoins également l'Unique : non dans Son Etre (c'est impossible) mais dans Sa Relation avec nous. Etant dureté et méchanceté pure, les déchus le savent fort bien et, ne pouvant toucher directement le Sublime, s'attaquent à la prunelle de Ses yeux : nous...

D'une certaine façon, Dieu est donc, par notre faute, à la merci du mal... De plus, le Dessein Divin étant un dessein d'adoption filiale parlant à notre liberté qu'Il a voulu totale, le risque existe aussi que la réponse soit « non »... On imagine sans peine l'extrême vulnérabilité de l'Unique, parfaitement représentée par l'agneau, non seulement sans taches, mais acceptant en plus de porter sur lui les fautes de ses bourreaux...

Le mal, en définitive, et nous l'écrivons dans un autre chapitre, c'est s'arroger le droit d'être son propre dieu mais en dehors d'un cadre réellement évolutif ! C'est se placer à la périphérie pour espérer régner... Il reste que la Vérité n'est qu'au centre. Et il n'y a qu'un Centre Véritable (dont une parcelle, qui est totalité, est en nous)...

Le mal est donc la possibilité de retourner, contre le Bienfaiteur, les Dons reçus par Celui-ci ! C'est utiliser à notre profit égoïste, sans soucis de communion, les cadeaux reçus. C'est résister à Son Amour... Souvent parce qu'on ne Le connaît pas, par ignorance donc. Mais quelle que soit la cause, le résultat est catastrophique : en se coupant de la source, en quittant l'étable, la brebis est à la merci des loups...Fort heureusement, le Berger est un bon berger : laissant là ses 99 autres brebis pour chercher et appeler celle qui s'en est allé...


L'Amour-passion de l'Energie-Une est une bénédiction pour tous les êtres qui participent, même moindrement, de cette Force : mais c'est une véritable Malédiction pour tous les autres...
Penses-t-on qu'il s'agisse d'un hasard si Paul, dans une Epître, demande à chacun de s'examiner avant de communier à la Coupe Sainte et à l'Eucharistie ? En réalité, cette Coupe, par le Sang qu'elle contient, celui d'un Homme-Dieu, celui du Juste par excellence, est ambivalente : non par elle-même, mais par réaction à notre fond!! Coupe de Bénédictions OU de malédiction... Car le Sang du Christ est un Révélateur : de notre filiation concrète (même ignorante si on on aime sincèrement) ou de notre filiation qu'on repousse (si les élans positifs du coeur sont absents)... On oublie en effet, trop souvent, que le Précieux Sang s'exhala non pas d'abord sur la Croix, mais durant une Agonie (du grec : âgon , combat )! Et contre quoi se battait le Sauveur à ces instants douloureux ? On pense généralement que c'était contre la frayeur qui s'empare, bien logiquement, d'un homme lorsqu'il approche de l'ultime moment de son existence terrestre... En réalité, il n'en est rien... Tous les Evangiles démontrent que le Christ accepte non seulement son sort et Sa mort atroce mais, bien plus, veut même accélérer les choses : " Comme j'aimerais que soit déjà allumé ce Feu (de l'Esprit)...". En réalité, et c'est pourquoi le Sang du dieu-Homme est une épée séparant les "bons" des "méchants", l'Agonie du Christ est une souffrance interne consécutive à l'Incarnation, une lutte entre l'Amour Inconcevable du Verbe (qui veut sauver TOUS les hommes) et Sa Compréhension du fait que certains, hélas, ne se laisseront jamais sauver... Que cette infinie douleur déclenche des effets aussi physiques en dit long sur l'intensité du Sentiment qui nous est porté...

Lorsque le Christ demande donc à Son Père et le nôtre que cette Coupe (contenant la possibilité d'une condamnation des uns) s'éloigne de Lui, Il ne parlait pas de Sa souffrance et de Son trépas, mais révélait simplement Sa poignante douleur face à l'inutilité de Son Sacrifice pour les damnés, pour ceux qui, sans cesse, refuseront Sa Clémence et Son Pardon... Cependant, en Fils obéissant et uni à Son Père, Il s'empresse néanmoins d'ajouter : " Père, non ce que je veux, mais ce que Tu veux... "

Ce refus de l'Amour, pourquoi est-il une Malédiction alors que nous sommes libres de choisir et que cette liberté est le Don divin par excellence ? Justement parce que c'est un Don Divin et que Dieu ne revient jamais sur ceux-ci... La Divinité est la Vie : c'est-à-dire qu'aucun néant n'existe en Elle, pas plus que dans la Vie qu'Elle donne à Ses créatures. La mort n'existant donc pas davantage que le néant, l'effet majeur de la Vie c'est qu'elle est éternelle !! Si donc des êtres, de quelque Règnes qu'ils soient, refusent de participer à cette vie autrement que de façon mécanique, biologique ou périphérique, il est inévitable que surviendra un moment où leur souffrance, de mineure, deviendra majeure... Car lorsqu'on discerne sans cesse un Amour aussi puissant que l'Amour Divin, mais que l'on ne veut y adhérer et L'accepter, inutile d'être très malin pour comprendre que la douleur, inévitablement, sera croissante... Car lorsque la Réintégration sera plus générale pour cette sphère terrestre, certains, les moins "bons", auront néanmoins un très clair aperçu de ce qu'ils refusent obstinément : mais ils ne voudront toujours pas l'atteindre... C'est comme s'ils restaient prisonniers d'un trou noir avec cependant la possibilité de voir ce qui se passent à l'extérieur (avec en plus une Lumière amoureuse qui ne cesse de les atteindre mais qu'ils se refuseront à accepter....). Terrible "enfer"... Dieu ne pouvant enlever à l'homme son libre arbitre, celui-ci restera dépendant de son choix et de son "non" tout en percevant Chaleur, Amour, Compassion et Compréhension!!

Maintenant, ne rentrons pas à nouveau dans le jeu des méphitiques qui s'empressent de tout extrêmiser : s'examiner avant de goûter et communier à la Coupe ne doit se comprendre qu'en vertu d'une direction que l'on choisi pour sa vie! Si la Divinité devait attendre que nous soyons conscients avant de pouvoir S'unir à nous, je crains qu'il y ait moins de personnes présentes à ces divines agapes...

Non, heureusement, le Verbe est venu pour les malades comme nous, donc il nous est seulement demandé de comprendre et adhérer à ce merveilleux Mystère et de le partager autour de nous (par les actes, la prière et tout ce qui élève). Ce faisant, cette funeste Chute, toujours trop présente dans nos vie, s'estompera progressivement et nous pourrons créer et donner la vie non seulement au niveau physique mais, surtout, dans les mondes spirituels... En réelle communion avec Celui qui nous montre sans cesse la Voie.

Cette Communion, cette Union, se vit et se concrétise non seulement dans les sentiments altruistes, et la Charité, mais également dans un élément que notre nature d'homme faible ou friable répugne parfois à aborder : la foi...Le prochain chapitre essayera donc d'analyser cette vertu.

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